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La gouvernement wallon fait un cadeau aux propriétaires de panneaux photovoltaïques

23 janvier 2019

Le dossier du photovoltaïque plombe la Wallonie depuis des années. On vient d'en connaître un nouveau rebondissement. Selon l'Écho, le gouvernement wallon et son ministre de l'Énergie ont décidé d'exonérer les propriétaires de panneaux photovoltaïques. Le souci, c'est que ce sont les autres consommateurs qui devraient payer l'addition. Une forme d'iniquité.

La saga du photovoltaïque en Wallonie, c'est en fait une énorme bulle qui va plomber pendant des années la facture d'électricité des ménages wallons. Elle provient d'un système d'aide trop généreux - les fameux certificats verts (CV) - pour tous ceux qui voulaient investir dans une énergie plus écologique, principalement via l'installation de panneaux photovoltaïques.

Ils sont quelque 150.000 ménages wallons à avoir opté pour ce choix. Devant un tel succès, la Région n'a pas pu suivre. C'est ce qu'on appelle communément la dette Nollet (Ecolo), du nom du ministre wallon de l'Énergie (2009) à l'époque.

Retour en arrière

Dans les faits, cette dette contractée par la Région wallonne est antérieure. Elle remonte à 2007 lorsque le ministre André Antoine (cdH) occupait cette compétence. Il veut alors doper la filière des panneaux photovoltaïques qui peine à décoller dans le sud du pays: il décide de multiplier par 7 le nombre de certificats verts. Déjà à l'époque, la CWPE, le régulateur wallon de l'énergie, met en garde le ministre contre cet incitant trop appuyé.

Mais le secteur décolle, l'emploi aussi. Le tout teinté d'écologie. Qui dit mieux? Le ministre Antoine. Il ajoute une prime en cash de 3.500 euros pour chaque nouvelle installation.

Un compteur d'électricité qui tourne à l'envers, une prime, des CV et des déductions fiscales issues du niveau fédéral. What else: le Wallon, plutôt fortuné, flaire le bon coup et fonce. Petit à petit, on voit fleurir les panneaux photovoltaïques sur les toits des maisons.

Mais ce n'est pas tout. Et c'est là qu'intervient le ministre Nollet. Le prix des panneaux photovoltaïques a tendance à baisser, ce qui n'arrange rien. Constatant que la Wallonie allait droit dans le mur, il décide de supprimer la prime. Tollé général, tant dans l'opposition que dans la majorité. Cette prime est finalement compensée par l'octroi de nouveaux CV.

Le problème est reporté, le ministre hésite, il faut attendre un an avant qu'une décision tombe. Il est décidé de diminuer progressivement les aides à la construction des panneaux photovoltaïques. Mais cette annonce a un effet contraire à l'effet recherché. Constatant que cela allait devenir moins avantageux, les ménages qui pouvaient se le permettre ont foncé dans le panneau. Conséquence directe: 29.000 nouvelles installations en l'espace d'un mois.

Certains vont même s'offrir un rendement de 29% de leur électricité, rapportait la RTBF. Car au-delà de la dette contractée par la Wallonie, au bout du compte, ce sont les ménages qui payent. Ce rendement se fait sur les dos des Wallons qui n'avaient pas forcément les moyens de se payer des panneaux photovoltaïques, avec ou sans primes.

Prosumer

Depuis cette époque, les gouvernements wallons successifs tentent de trouver des solutions, souvent au détriment des promesses tenues. La durée d'octroi des CV est ramenée de 15 à 10 ans. Il est ensuite prévu de faire payer aux ménages qui disposent d'une installation des frais de réseau sur tous les kilowattheures qu’ils prélèvent réellement. C'est ce qu'on appelle les tarifs prosumer qui devaient entrer en application le 1er janvier 2020. Actuellement, avec le système de compteur qui tourne à l'envers, les prosumers ne payent que s'ils ont consommé davantage d'électricité qu'ils n'en ont produite.

Mais ce mercredi, retour en arrière, le ministre Crucke (MR) décide d'exonérer les panneaux déjà installés. Autrement dit, ces tarifs ne seront appliqués que pour les nouvelles installations. "Le gouvernement wallon exonère 150.000 ménages déjà favorisés au détriment des 1.370.000 autres", fustige immédiatement le socialiste Pierre-Yves Dermagne (PS).

Selon les estimations de la CWPE, ce manque à gagner représente entre 50 et 60 millions d'euros ou 334 à 447 euros par an par ménage doté de photovoltaïque. Mais cet argent, il faudra bien aller le chercher quelque part. Le pire est à craindre pour la facture d'électricité des Wallons, on parle même d'une augmentation de l'ordre de 6 à 12%.

Le ministre se défend et ne veut pas suivre cette logique: "Je n’ai jamais aimé les effets rétroactifs, je veux éviter de prendre en défaut ceux qui ont installé leurs panneaux (...). Je ne veux pas qu’ils soient tentés de se déconnecter du réseau ou de débrancher leur installation. Pour les nouvelles installations, c’est différent: il n’y aura pas d’effet de surprise", explique-t-il à l'Écho.

Mais où va-t-il aller chercher l'argent? "On parle de recettes qui n’existent pas aujourd’hui. Et si on veut discuter de coûts, de charges et d’économies dans les réseaux, ma porte est toujours ouverte: j’avais proposé une fusion des deux principaux gestionnaires de réseau, qui aurait pu permettre 100 millions d’euros d’économies, et qui n’a pas été retenue."

La saga du photovoltaïque a encore de beaux jours devant elle. En attendant, la facture d'électricité des ménages belges est l'une des plus élevées en Europe.

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