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Au Japon, le mariage LGBT est toujours illégal. Alors, pour la Saint-Valentin, ces couples vont au tribunal

14 février 2019

En ce jeudi de la Saint-Valentin, treize couples de même sexe japonais ont décidé d'attaquer en justice la constitution de leur pays. Cette dernière n'interdit pas les mariages entre personnes de même sexe, mais son interprétation rend ces unions illégales. Et ils espèrent faire changer cela.

Ken Kozumi et Kenji Aiba se sont mariés il y a six ans. En 2013, ils pensaient que leur certificat de mariage serait rapidement authentifié et prendrait une tournure légale. Ce couple homosexuel était persuadé que le Japon suivrait l'exemple de ces pays "progressistes" du G7 ayant légalisé les unions de même sexe.

Mais ce n'est pas le cas. Du coup, avec 12 autres couples homosexuels, ils ont décidé ce jeudi d'engager des poursuites judiciaires contre l'État. Comme ils l'expliquent au magazine Time, la loi japonaise viole leur droit constitutionnel à l'égalité.

Problème juridique

Dix municipalités japonaises ont autorisé aux couples de mêmes sexe de vivre sous une forme de "cohabitation/partenariat". Ceci leur permet de louer des appartements ensemble, par exemple. Mais ces adaptations de la loi ne sont pas juridiquement contraignantes.

"Actuellement, nous sommes en bonne santé et capables de travailler, mais que se passe-t-il si l'un de nous deux est victime d'un accident ou tombe malade? Nous ne sommes pas autorisés à nous garantir mutuellement des soins médicaux, ni à hériter l'un de l'autre ", confie Kozumi au magazine américain.

Interprétation de Shinzo Abe

La constitution japonaise n'interdit pas les mariages homosexuels. L'article 24 de la loi suprême stipule que "le mariage doit être fondé sur le consentement mutuel des deux sexes". En se basant sur cette clause, le Premier ministre Shinzo Abe a déclaré en 2015 que "la Constitution ne prévoit pas de mariage entre personnes du même sexe."

Pour le professeur de droit japonais Shuhei Ninomiya, cette phrase doit être interprétée différemment. "La Constitution n'indique pas que le mariage est un accord "entre personnes des deux sexes", il dit seulement qu'il doit s'agir d'une décision consensuelle entre les deux partenaires", indique-t-il au Japan Times. "C'est difficile de faire des plans pour l'avenir", déplore la Japonaise Ai Nakajima, qui vit en couple depuis plusieurs années avec la Berlinoise Kristina Baumann.

Un million de yens chacun

Des recours collectifs qui attaquent la constitution du Japon pour son interdiction des mariages entre personnes du même sexe, c'est une grande première. Les plaignants attaque la loi sur le droit civil et le registre des familles. Ils réclament à l'État 1 million de yens (7. 988,09 euros) par personne en dommages et intérêts.

La société japonaise pousse à la conformité et de nombreux LGBT préfèrent cacher leur orientation sexuelle. Ce procès pourrait changer les mentalités. "Cela va être une bataille de longue haleine", déclare Kozumi, âgé de 45 ans, à l'Asahi Shimbun. Mais ils gardent espoir. Dans leur plainte, les treize couples précisent que les mariages de même sexe sont désormais légalement reconnus dans 25 pays et régions et ils espèrent que ce sera rapidement le cas au Japon.

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