Manif anti glyphosate à Berlin

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En Colombie, le président demande la reprise de la pulvérisation de glyphosate contre les narcotrafiquants

8 mars 2019

Contrairement aux pays européens, la Colombie avait interdit en 2015 la pulvérisation aérienne du glyphosate, cette herbicide soupçonné d'être toxique pour la santé mais aussi pour l'environnement. Malheureusement 4 ans plus tard, le président colombien Ivan Duque a demandé à la Cour Constitutionnelle de revoir son jugement pour lutter contre... les trafics de drogue. 

Depuis 2015, il est interdit d'épandre du glyphosate sur les cultures en Colombie. Ce n'est pas commun, car en Europe, cet herbicide considéré comme "cancérigène probable" par l'OMS est toujours autorisé malgré plusieurs études prouvant son caractère toxique pour la santé et l'environnement. Mais ce jeudi 7 mars, le président colombien Ivan Duque s'est présenté devant la Cour constitutionnelle colombienne pour faire marche arrière sur cette décision. Le président entend lutter contre les narcotrafiquants à sa manière: à grand coup de glyphosate.

"Ma respectueuse requête est que la décision soit modulée (…) qu’elle tienne compte du fait que cette expansion des plantations porte un énorme préjudice à l’ordre constitutionnel, à l’ordre légal, à l’environnement, à la sécurité territoriale et à la protection des droits fondamentaux" a déclaré le président devant les magistrats de la Cour. Il espère donc pouvoir reprendre les pulvérisations de cet herbicide pour détruire les plants de coca, ingrédient indispensable de la cocaïne. "On ne peut limiter (…) l’usage des outils face à ce phénomène, face à cette menace qui peut affecter la capacité de l’État à protéger l’intégrité nationale et les droits de nombreux Colombien", a ajouté le président.

Décision contestée

Cette décision du président est loin de plaire à tout le monde, à commencer par ses prédécesseurs César Gaviria et Juan Manuel Santos. "Ce serait une erreur de reprendre les pulvérisations de glyphosate, pas seulement en raison des risques pour la santé et l’environnement (…) mais parce que c’est une stratégie qui a démontré son inefficacité", a ainsi commenté M. Santos.

Ivan Duque semble bien décidé à lutter contre le trafic de cocaïne qui ronge son pays depuis des décennies. Une décision qui semble être influencée par la pression des États-Unis, le principal consommateur mondial de cocaïne qui espère que la situation s'améliore en Colombie. Malgré des années de lutte anti drogue, la Colombie reste le premier pays producteur de cocaïne et dispose des plus grandes plantations de coca du monde. Et ces dernières années, ces plantations se font de plus en plus nombreuses. Duque estime que cette expansion est due à l'interdiction du glyphosate.

En 2017, la superficie de ces cultures est passée à 171 000 hectares contre 48 000 en 2012, selon l’Organisation des Nations unies. Cependant, il y a d'autres facteurs qui permettent d'expliquer cette augmentation conséquente des champs de coca: la dévaluation du peso colombien face au dollar, monnaie avec laquelle se paie la cocaïne ou encore la chute des cours de l’or qui a amené les habitants des campagnes à préférer la culture de la coca aux mines clandestines. Pour l'instant, la Cour constitutionnelle n'a pas encore rendu son verdict par rapport à la demande du président.

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